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    dimanche 8 mars 2009

    La Mort en échecs

    Bergman en boulevard

    Changement d'ambiance pour le blog avec cette première virée dans les petits caveaux de Paris ; le théâtre des blancs manteaux en l'occurrence qui accueille une comédie déjà rôdée au théâtre André Bourvil. La mort en échecs met en scène un couple, dont chaque membre est retranché dans une moitié de leur appartement en attendant que l'un se décide à partir, et qui reçoit un soir la visite de...la Mort.



    Une Mort un peu mijorée qui fait son travail du bout de la faux et qui prend volontiers les conseils de ses victimes pour gagner en assurance. Le reste de l'intrigue est à l'ancan et offre tous les plaisirs de la comédie légère, quiproquos et retournements de situation à gogo. Les comédiens, très généreux, jouent à fond la carte de la connivence avec le public (la pièce aussi, truffée de références à la culture populaire contemporaine) et montrent aussi beaucoup de complicité entre eux (ce soir-là, Caroline Anglade, Philippe Blondelle et Rui Silva ; ils jouent en alternance). On rit donc beaucoup et on se retrouve sur le pavé de la rue des blancs manteaux le coeur léger.
    Toussométrie : nulle (0/5)

    La Mort en échecs, d'Olivier Maille - Mise en scène : Olivier Maille - Théâtre des Blancs Manteaux - Du jeudi au samedi à 20h45 - 17/20 euros

    vendredi 6 mars 2009

    Quand le monde était vert

    I was born by the river

    La Manufacture des Abbesses, jeune théâtre créé en 2006, lové dans une rue montmartroise de carte postale tout près de la très belle église Saint-Jean, s'est donné comme raison d'être la création de textes contemporains. Hier soir, c'était donc un morceau de dialogue poétique dont les racines plongeaient au coeur de l'americana, par Sam Shepard (par ailleurs acteur et scénariste pour Wenders, Antonioni ou Altman), que proposait la Compagnie "Ah! ".

    Le public entre dans la salle au son d'une flûte indienne. Une jeune femme rend visite à un vieux Peau-Rouge, en prison pour avoir empoisonné un homme. D'où vient la jeune femme et que cherche-t-elle auprès du vieillard assassin? Pour assouvir quelle vengeance l'Indien a-t-il tué? Le dialogue entre ces deux représentants un peu paumés des marges américaines, d'abord tendu, méfiant, glissera petit à petit vers la compassion et la tendresse. Le récit de leurs vies, de leurs errances et de leurs plaisirs (la nourriture, le goût - le prisonnier fut cuisinier) est ponctué par la musique d'un troisième comédien (Timothée Couteau, musicien multi-instrumentisme de profession), dont la présence silencieuse et fantomatique évoque le souvenir des morts qui hantent les esprits.

    Michel Carnoy, dans le rôle du grand chef - chef cuisinier, chef indien - , est parfait ; il nous fait partager la trajectoire d'un homme d'abord prostré par l'horreur de son acte, herratique, vers une paix finale au seuil de la mort. On sent beaucoup de talent et de métier dans sa prestation, qui ne cède jamais au sentimentalisme que la pièce pourrait susciter mais qui touche juste. Le duo qu'il forme avec Marie Le Cam fonctionne bien ; même si une plus grande modulation de son jeu pourrait assouplir sa prestation, la comédienne fait tout de même preuve d'une belle intensité émotionnelle, au plus près de l'écorchée vive qu'elle incarne.

    Quand le monde était vert est une réussite humble mais incontestable, entièrement portée par les comédiens qui ne s'appuient sur aucune béquille de mise en scène. Il est dommage de constater que le public soit si peu nombreux (en tout cas le soir de notre représentation) pour applaudir leur talent et l'audace de montrer une pièce inédite à Paris, alors qu'on le trouve en nombre pour assister pour la centième fois à un Oncle Vania somptueux mais ô combien sage.

    Toussométrie : faible (1/5)
    Quand le monde était vert, de Sam Shepard - Mise en scène : Antoine Herbez - Manufacture des Abbesses - Jusqu'au 11 avril - De 13 à 24 euros (un flyer distribué après la représentation indique qu'une place gratuite était offerte pour toute place achetée).

    jeudi 5 mars 2009

    Importation du blog

    Ce blog a été transféré depuis l'ancienne adresse suivante : http://iblogyou.fr/spectacles-font-ils-tousser

    mercredi 4 mars 2009

    Oncle Vania

    Dans la forêt de bouleaux

    Il s'agit ici de la mise en scène de Claudia Stavisky aux Bouffes du Nord et non de la version donnée par le collectif des Possédés au théâtre de la Bastille. On peut s'interroger sur l'opportunité de programmer la même pièce dans la capitale à des dates identiques, si ce n'est pour le plaisir des fanatiques de Tchekhov ou de mise en scène comparée.

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    Toujours est-il que pour notre toussomètre, le début d'Oncle Vania est un régal puisqu'il s'agit de l'entrée en scène du docteur Astrov (Philippe Torreton) pris de toux ; miracle de la grégarité humaine, le public se met à tousser à l'unisson. Les gorges bien éclaircies, les comédiens peuvent mettre en place l'univers de neurasthénie provinciale propre à l'auteur. Didier Bénureau, surprise de la distribution, campe un Vania ridicule et touchant, drolatique et désespéré. P. Torreton quant à lui parvient à ne pas prendre trop de place et incarne avec beaucoup de sensualité la séduction ambigüe d'un médecin excentrique et alcoolique. Le reste des interprètes, quoique leur travail soit très soigné, est moins marquant. Le jeu de Marie Bunel notamment semble manquer de densité et de présence (mais c'est peut-être ce qu'il fallait pour le personnage d'Elena, jeune épouse d'un vieux professeur, oisive, ennuyée et comme absente à elle-même) tandis qu'Agnès Sourdillon, un peu âgée pour le rôle, appuie sans doute trop le côté terrien du tempérament de Sonia.

    La mise en scène, servie par de somptueux décors et des astuces de plateaux (l'estrade mouvante, la table qui se déplace comme par magie), ne fait pas preuve d'une folle audace. Beaucoup de savoir faire mais trop de sagesse, tel est l'Oncle Vania proposé ici.

    Toussométrie : Forte (4/5)

    Oncle Vania, d'Anton Tchekhov - Mise en scène : Claudia Stavisky - Théâtre des Bouffes du Nord - Jusqu'au 3 avril 2009 - de 12 à 26 euros.

    Je t'ai épousée par allégresse

    Comédie sentimentale

    On avait réservé des places pour voir ce spectacle, un peu à l'aveugle, et d'abord pour les comédiennes : Valeria Bruni-Tedeschi, pour l'impatience d'avoir devant soi, en chair et en os, l'actrice de cinéma ; et Edith Scob, pour la fulgurance de ses apparitions (voir L'Heure d'été, d'Olivier Assayas, où elle était à peu près la seule chose de bien). Et puis, stupeur, dans l'intervalle entre la réservation et la représentation, un déluge de critiques s'abat sur la toile. Superficiel, longuet, sans intérêt, les internautes estiment qu'il est bien inutile de se déplacer.

    Aurait-on moins aimé si l'on n'y était pas de ce fait allé à reculons? Le plaisir que l'on a ressenti ne relèverait-il en fait que du soulagement? A t-on voulu compenser par notre enthousiasme les sièges vides dans une salle un vendredi soir?

    Toujours est-il qu'on a trouvé notre compte dans cette comédie légèrement amère, qui parle sans s'apesantir de la possibilité, ou non, du couple. Il y a de la mélancolie bouffone, une bonne émancipée et des spaghetti au beurre ; un air de pop italienne, une mamma foldingue et pincée (merveilleuse Edith Scob), pas du tout dans les clichés, et l'histoire d'une femme qui se promenait dans les rues en attendant qu'un réalisateur de Cinecitta la remarque.

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    Peut-être que le sentiment de futilité ressenti par certains vient de ce que les monologues assez longs, de Giuliana surtout (V. Bruni-Tedeschi), ne servent pas un grand propos, ni un message à l'adresse du public. On n'en retient que quelques filaments de sa vie ; qui étaient sa mère, ses premiers amants ; là où elle a travaillé, ou plutôt d'où elle a été renvoyée. La seconde partie de la pièce dépeint un déjeuner familial, son ennui, l'impasse de la conversation puis finalement la griserie et la joie éphèmères d'un bon poulet rôti arrosé de bon vin. C'est très simple, modeste et cela penche un peu vers le boulevard. C'est une dramaturgie du quotidien, sans coup d'éclat, mais qui pose, discrètement, les bonnes questions sur la nature du lien conjugal.

    La mise en scène de Marie-Louise Bischofberger est à l'unisson du texte et la galerie de personnages secondaires est excellement servie par des comédiennes exceptionnelles (Edith Scob donc, mais aussi Marie Vialle en bonne indispensable et Armelle Bérengier au sommet du burlesque). V. Bruni-Tedeshi et Stéphane Freiss étaient un peu hésitants le soir de notre représentation. Ils devraient prendre en assurance car le spectacle mérite mieux que les échos qu'il reçoit.

    Toussométrie : Moyenne (2/5)

    Je t'ai épousée par allégresse, de Natalia Ginzburg - Mise en scène : Marie-Louise Bischofberger - Théâtre de la Madeleine - Jusqu'en avril 2009 - de 17 à 48 euros.