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    vendredi 23 octobre 2009

    Quatre pièces de Feydeau

    Sous les voûtes de bois intimes et chaudes du Vieux-Colombier, Gian Manuel Rau met en scène quatre pièces courtes de Feydeau - Amour et piano, Un Monsieur qui n'aime pas les monologues, Fiancés en herbe et Feu la mère de Madame - s'enchaînant avec fluidité dans une atmosphère de catastrophe mondaine très amusante. Dans la première pièce, un faux maestro, cherchant une maîtresse tarifée, se présente chez une jeune fille attendant son professeur de piano, qu'il croit être une actrice en vue (mauvaise adresse) ; dans la seconde, un monologuiste intarissable réprouve véhémentement la pratique du soliloque ; dans la troisième, deux jeunes enfants, ennuyés des fables qu'on leur a donné à apprendre par coeur, décident de se marier ; dans la dernière, un couple trop marié voit sa nuit bouleversée par l'annonce de la mort de la mère de Madame...



    De ces trames de quiproquos si précises, si ajustées, Rau révèle la mécanique intrinsèque (troubler l'ordre/rétablir l'ordre) dans un joyeux bordel visuel, plein de couleurs et de gadgets un peu bouffons (le faux-cul gonflable de la jeune fille, la perruque en salade verte du mari noceur) mais pas vains. On ne peut pas en dire autant des intermèdes musicaux qui n'ont pas d'autre mérite que de révéler le talent de Léonie Simaga, qui fait décidément tout très bien ; la chansonnette de Laurent Stocker et d'Anne Kessler (excellents par ailleurs de bout en bout) hurlée dans un micro avec des masques de lapins méchants sur des beats très rock industriel dénote l'influence germanique de l'auteur et sonne très cliché (cf. Jean La Chance au théâtre de la Bastille la saison dernière, quasiment la même chose). Cette légère faute de goût, aimable presque comme le défaut d'un être aimé, ne gâche en rien le plaisir que l'on prend devant un spectacle si intelligent et des acteurs si brillants (citons aussi Christian Hecq, qui introduit des personnages à la Elie Semoun - cheveux gras, triple foyer - sur la scène du Français).


    Quatre pièces de Feydeau - Mise en scène : Gian Manuel Rau - Comédie-française, Vieux Colombier, jusqu'au 25 octobre 2009.


    Toussométrie : faible (1/5).

    vendredi 16 octobre 2009

    Trisha Brown Dance Company

    La compagnie de danse de Trisha Brown (TBDC pour les intimes) présentait la semaine dernière trois pièces permettant de parcourir à très grands pas l'oeuvre de la chorégraphe américaine, une des figures de la danse post-moderne américaine : Set and Reset (1983), You can see us (1995) et L'Amour au théâtre (2009) et à en explorer les "ruptures".

    Dans Set and Reset, l'avant-garde new-yorkaise des années 1980 nous est ressucitée : musique encore frappante de Laurie Anderson qui hybride boucles sonores synthétiques, percussions organiques et impressions de pop mélodique, scénographie de Robert Rauschenberg, celle-là peut-être un peu vieillie (étrange objet volant diffusant de façon peut-être aléatoire des bribes d'images d'actualité en noir et blanc), et l'art fluide et géométrique de Trisha Brown exposé dans le livret : "Set and Reset est basé sur une danse rectangulaire. Je la pense comme un système de livraison de petites unités de danse -duos et trios - qui sont délivrées au centre de la scène." Set and Reset est une oeuvre doublement parfaite : parfaite de beauté et de pureté et parfaite d'adhésion à son temps, de symbiose exacte entre la créatrice et une époque aujourd'hui révolue (d'où légère mélancolie à la vision).

    Les deux pièces suivantes semblent au contraire décrire le processus de décollement, de lente rupture de Trisha Brown avec son époque. La chorégraphe tourne progressivement le dos (littéralement, dans le solo If you couldn't see me, transformé en duo dans You can see us, elle dansait dos au public) à la contemporanéité, jusqu'à utiliser un opéra de Rameau pour sa dernière oeuvre (T. Brown a souvent travaillé à la mise en scène d'opéras) ; mais gagne-t-on réellement en éternité ce que l'on perd d'expression de son temps? Une oeuvre n'est-elle jamais si forte dans la durée qu'autant qu'elle fait résonner en elle les inquiétudes et les désirs de son présent?
    Set and Reset/You can see us/L'Amour au théâtre, de Trisha Brown - Théâtre national de Chaillot - du 15 au 18 octobre.

    Toussométrie : 3/5

    mercredi 14 octobre 2009

    Vie privée

    Pierre Laville, metteur en scène d'un Baby Doll chroniqué dans ces pages la saison dernière, creuse à nouveau le sillon yankee en adaptant une vielle comédie de moeurs américaine de Philip Barry, The Philadelphia story (ici Vie privée). Point de moiteur sudiste ici, ni d'ouvriers aux mains calleuses ; la tragédie de la jalousie de T. Williams se mue en un délicat chassé-croisé amoureux dans la haute société de la Côte Est. Au centre, une "déesse" qui voudrait descendre de son piédestal (Anne Brochet), idole ennuyée des mondanités W.A.S.P. ; autour d'elle, rien moins que trois prétendants : son fiancé, self-made man énergique un peu besogneux ; son ex-mari, alcoolique (presque) repenti, membre insouciant de la jet-set à la gaieté élégante ; et un journaliste prolétarien introduit presque par erreur dans cette société extraordinaire dont il veut peindre un portrait au vitriol mais qui refermera sur lui le piège de sa séduction.



    The Philadelphia Story, hit à Broadway, fut incarné à l'écran par Katharine Hepburn, Cary Grant et James Stewart. Sans démériter, le line up made in France 2009 laisse le spectateur rêver un peu trop du casting initial et souffre d'un jeu souvent à contre-temps (texte encore mal maîtrisé?). Peut-être peu à l'aise dans ce registre-là, Anne Brochet, au demeurant bien choisie pour sa parenté avec les grandes actrices de l'âge d'or d'Hollywood, endort plus d'une réplique par dédain pour le rythme propre à la comédie américaine des années 1930. En revanche, Julien Boisselier donne encore la preuve de son étincelant talent, alliant un abattage comique très efficace à une finesse d'interprétation hors norme. Ces quelques défaut de finition mis à part, Vie privée offre un moment plutôt agréable aux spectateurs sans toutefois conjurer le spectre de l'ennui qui rôde sur la mise en scène très sage de Pierre Laville.


    Vie privée, de Philip Barry - Mise en scène : Pierre Laville - Théâtre Antoine, depuis le 8 septembre - de17 à 48 euros.


    Toussométrie : moyenne (2/5).

    samedi 3 octobre 2009

    L'Art du Rire

    Dans le plus beau théâtre de Paris, un spectacle au titre terriblement ambitieux, "L'Art du Rire", tient ses promesses à merveille jusqu'au 3 octobre, jusqu'à ce soir 19h (et aussi à 15h30!). Urgence absolue donc à courir rire avec Jos Houben, auteur et comédien unique de ce court traité (1h) sur le rire, décomposition anthropologique de la rigolade - pourquoi et comment rit-on? - à base de bouffoneries subtiles et d'apostrophes au public. Jos Houben s'inscrit avec une aisance sidérante dans la lignée des mimes américains géniaux - Chaplin, Keaton, Lloyd - mais ne lui dîtes pas qu'il fait du théâtre corporel : "quel acteur vient sur une scène sans son corps?".


    L'Art du rire, de Jos Houben - Théâtre des Bouffes du Nord, jusqu'au 3 octobre - 1 h environ - de 12 à 26 euros la place environ.

    Toussométire : 0/5 (nulle).

    mercredi 23 septembre 2009

    Vers toi Terre promise (tragédie dentaire)

    Après le Partage de Midi, reprise d'un spectacle à succès de la Comédie-française, le théâtre Marigny semble s'être donné comme mission automnale de tendre un filet de sécurité aux spectacteurs distraits ou débordés. Cette fois, il nous est donné de (re)voir Vers toi Terre promise, tragédie dentaire de Jean-Claude Grumberg, déjà balladée sur plusieurs scènes de France et d'ailleurs, au théâtre voisin du Rond-Point notamment. M. Grumberg tire un délicat portrait des Spodek, couple "orphelin" de ses filles (l'une est morte à Auschwitz, l'autre ne veut plus sortir du couvent où il s'était réfugiée), pour illustrer une question presque sans réponse : comment continuer à vivre après la catastrophe? La pièce, composée de vignettes de la vie d'après-guerre, souvent drôles, est bien servi par une mise en scène simple et ingénieuse et des comédiens très subtils. Philippe Fretun surtout, qui interprète à la perfection un homme abattu, amer, rejettant la pitié ou même la sollicitude de ses patients ou de ses amis et dont la seule ressource face au malheur semble bien être l'ironie glacée.


    Quelques maladresses dans l'écriture - des passages ressemblant à un "didacticiel" de la Shoah à l'adresse d'un public inculte ou la lecture un peu édifiante de documents administratifs liés à la spoliation et à la restitution des biens juifs (dans la même veine, les Folies coloniales, montées au théâtre de la Villette il y a quelques mois, mettaient à jour beaucoup plus subtilement les mécanismes racistes de l'administration française) - n'entament pas le plaisir du spectateur face à la drôlerie du spectacle.


    Vers toi Terre promise (tragédie dentaire), de Jean-Claude Grumberg - Théâtre Marigny, jusqu'au 22 novembre 2009 - de 29 à 39 euros (promotion web jusqu'au 27 septembre) - 1h45 environ.


    Toussométrie : nulle (0/5).

    jeudi 17 septembre 2009

    Le Partage de Midi

    Mauvais départ

    On oublie vite que l'on n'aime pas quelque chose. Le Partage de Midi a fonctionné sur nous comme une véritable piqûre de rappel du peu d'intérêt qu'on porte à Paul Claudel ; deux heures vingt de nausée et puis on ressort vacciné pour plusieurs années. Pourtant, le spectacle, d'abord monté à la Comédie-Française et repris en franchise par le Théâtre Marigny, est idéal comme un petit pain calibré prêt à consommer. La mise en scène d'Yves Beaunesne démontre un goût parfait ; une scénographie épurée, "classieuse" même, et un quatuor de comédiens très très accordé : Marina Hands, crédible en "femme fatale d'à côté" et beaucoup de métier chez les garçons (surtout Hervé Pierre). Encore faut-il aimer la diction un peu précieuse d'Eric Ruf et pardonner aux comédiens de venir réclamer des applaudissements pour la quatrième fois alors que ceux-là étaient presque complètement éteints.



    Reste le texte ; est-ce parce que l'influence de Claudel n'est pas négligeable que ses mots sur l'amour sonnent aujourd'hui comme des clichés? Qu'il semble qu'on met dans la bouche d'adultes très mûrs des élans maladroits d'adolescents exaltés? Qu'il est bien niais (et d'ailleurs vierge) ce Mesa, cet alter ego de Claudel, qui à défaut d'être moine, ne peut voir rien d'autre en la femme qu'une tentatrice dangereuse jusqu'à la transfiguration pathétique de la traîtresse en ange de miséricorde qui lui promet la communion éternelle au sein de Dieu? Voilà le fantasme enfantin qui conclut la pièce, la fusion maternelle sous l'oeil bienveillant du père, l'Oedipe réconcilié, après deux heures de tirades toutes poisseuses de sentimentalité.


    Le Partage de Midi, de Paul Claudel - Théâtre Marigny, jusqu'au 3 octobre - de 25 à 45 euros - 2h20 env.


    Toussométrie : Faible (1/5) - Salle manifestement captivée.

    mardi 11 août 2009

    Dernières impressions de la saison 2008-2009 (3/3) - La joie

    La joie


    Retour au jeu et à la gaieté juste avant l'été sous les bons augures de la Comédie française de Denis Podalydès qui illumine non pas un mais deux textes italiens : La grande magie, d'Eduardo de Filippo, fable bouffonne et tragique sur la perte des illusions et Il Campiello, de Goldoni, ou le chassé croisé des habitants d'une place de Venise bouleversé par l'arrivée d'un étranger (en l'occurrence un riche Napolitain interprété par M. Podalydès). D'un côté le décor d'un casino- dancing de station balnéaire, de l'autre des hautes maisons serrées les unes contre les autres, panoptique joyeux d'une société qui s'épie, s'interpelle, s'aime et se déteste d'une fenêtre à l'autre, 200 ans d'écart mais les mêmes ressorts : le commérage structurant le lien social, la jalousie et le désir de possession de l'amour, les faux-semblants et les illusions perdues qui rendent fou (la grande magie) ou qui jettent une ombre menaçante sur le futur des personnages (il campiello). Deux spectacles presque parfaits, servis par des comédiens au top. Comme a dit mon voisin à la fin de la grande magie, "le type en pyjamas, je sais pas qui c'était mais il est phénoménal".



    Dernières impressions de la saison 2008-2009 (2/3) - Le crépuscule

    Le crépuscule

    A côté de ces anecdotes vite consommées vite oubliées (voir post précédent), la fin de saison a été l'occasion d'assister à quelques beaux crépuscules. Au Minetti de Thomas Bernhard, qui a mis le Tout-Paris en émoi (venu contempler au théâtre de la colline la flamme bien pâle de Michel Piccoli dont les chevrotements rendaient ce texte répétitif presque inaudible), on a préféré sur les mêmes planches la dernière mise en scène d'Alain Françon, La Cerisaie d'Anton Tchekhov, baignée dans la douce et mélancolique lumière de fin du jour. On y a croisé pour la toute dernière fois Jean-Paul Roussillon interprétant un Firs fier et touchant ; à ceux qui se souviennent de ses yeux très bleus dans son corps tout rond, je conseille de faire un tour sur le site de la comédie française en ce moment ; on y croise M. Roussillon dans l'exotique éclat de sa jeunesse. Et puis, le cinéma, qui nous permettra encore d'entendre sa voix (dans le Mischka de Jean-François Stévenin ou le Conte de Noël d'Arnaud Desplechin par exemple). Enfin, L'Amante anglaise au théâtre de la madeleine présentait une héroïne durassienne incarnée avec finesse par Ludmila Mikaël, neurasthénique, perdue, passionnée, martyre et bourreau (Claire Lannes, qui tua sa cousine avant de démembrer son corps sans jamais parvenir à expliquer réellement son geste). Sur une scène dépouillée, sombre, l'histoire de la fin d'une vie et de la fin de la raison.


    Dernières impressions sur la saison 2008-2009 (1/3) - la violence

    Fin de saison mouvementée et émouvante que je n'ai pas pu commenté au jour le jour ; pas par manque de temps mais plutôt d'envie et d'inspiration suscitée par le dernier spectacle d'Emma Dante au théâtre du Rond-Point.

    La violence

    Le Pulle, c'est à dire les prostituées de Palerme, ville natale, lieu de travail et principale inspiration de l'auteure et metteure en scène ; des prostituées transgenres, désirées, convoitées, haïes, battues, violées par les habitants violents et contradictoires d'une cité déchue. C'était un spectacle punk, une performance, une provocation, orchestrée presque au fouet par une Emma Dante commentant l'action, chantant, abattant le décor (littéralement) au péril de ses acteurs ; des acteurs grimés, des hommes pourvus de perruques et de faux seins, des femmes dotées d'énormes godemichés, des poupées gonflables pour tous! Mais des acteurs qui ne jouent pas vraiment, qui se font vomir sur scène (littéralement aussi)... Points de suspension dans la salle, faut-il partir ou rester? Faut-il regarder la souffrance physique comme un spectacle, un combat de gladiateurs contemporain, l'exposition d'entrailles humaines comme remède à la curiosité morbide de citadins blasés en quête de sensations toujours plus fortes? Autant de questions auxquelles je ne sais pas répondre sans recourir aux outils trop simples de la morale et du bon goût.

    J'en retiens néanmoins une sensation amère, celle de ne pas pouvoir aimer pleinement quelque chose à laquelle on voudrait adhérer (l'audace, l'engagement physique), parce que les voies empruntées par cet anti-conformisme semblent aujourd'hui prévisibles, banales et presque complètement appropriées par la culture dominante, voire la culture d'Etat. Etrange sensation que d'entendre les professeurs de français qui avaient eu l'idée saugrenue d'amener leur classe de 4ème à ce spectacle enjoindre leurs élèves agités et interpellés par la pièce de se taire, de ne pas rire, de pas crier et de rester assis! Voilà le dressage des futurs spectacteurs (de théâtre, de télévision, de leur vie?) à qui l'on inculque la foi dans l'existence d'une barrière symbolique : aux artistes officiels le métier de la critique et de la provocation, soupape nécessaire à la préservation de l'ordre social, aux autres la soumission quotidienne et la catharsis ponctuelle à opérer dans un silence religieux!

    Le Pulle a pourtant le mérite paradoxal d'une cohérence totale dans son esthétique et son propos, un refus de la provoc' tiède et polie que l'on a malheureusement retrouvée plus tôt dans l'année chez Jean La Chance, pièce de jeunesse de Brecht montée au théâtre de la Bastille par des membres de Berurier noir. Casting mode (Clotilde Hesme, avec du talent mais non sans maladresse - voir la partie "accent campagnard", très ratée), chansonnettes punk hurlées/dansées et quelques codes brechtiens de rigueur (plateau visible, comédiens qui se changent au fond de la scène, interpellations du public) pour une adaptation un tantinet superficielle de la pièce. Même problème de positionnement pour la dernière création du chorégraphe Wim Vandekeybus au théâtre de la Ville (Nieuwzwart) : ambiance glauque, orchestre rock mi-psyché mi-bourrin, des danseurs qui se tortillent tous nus après avoir été découverts sous une immense couverture de survie dorée, qui se cognent contre les murs, bref une sorte de Rocky horror picture show qui se prendrait bien trop au sérieux.

    samedi 28 mars 2009

    Baby doll

    Maison de poupée


    Certains spectacles imposent aux spectacteurs, dès le lever de rideau, la saveur du travail honnête. Le décor de Laurence Bruley, agréable, lisible et simple, donne le ton : la maison de Baby Doll, bicoque du Sud en bois, sur deux étages (ce qui offre ensuite une bonne dynamique à la mise en scène) est bien plantée. La mise en scène de Benoît Lavigne est à l'unisson ; respectueuse de l'esprit du texte de Tennessee Williams (adapté par Pierre Laville), soucieuse de véracité historique et misant sur le professionalisme des comédiens, elle ne s'autorise guère de fantaisie ni de distance par rapport à son matériau.



    Ce rapport humble au texte est payant ; on passe deux heures sans temps mort au coeur de la moiteur du bayou, avec des comédiens dont le talent est soutenu par une maîtrise technique solide (Chick Ortega en mari jaloux, deux seconds rôles truculents tenus par Monique Chaumette et Théo Légitimus), au premier rang desquels Xavier Gallais (Silva Vacarro), très bien dans son rôle de séducteur ténébreux animé du désir de vengeance et surtout Mélanie Thierry (Baby Doll), époustouflante tant elle campe avec profondeur et drôlerie la fraîcheur candide et la sensualité hésitante de son personnage.


    Toussométrie : faible (0.5/5)


    Baby Doll, de Tennessee Williams - Mise en scène : Pierre Lavigne - Théâtre de l'Atelier - Jusqu'à fin juin 2009 - De 7 à 39 euros


    jeudi 26 mars 2009

    Casimir et Caroline

    Trink, trink, trink

    Ödön von Horvath, l'auteur de Casimir et Caroline est mort écrasé par une branche d'arbre lors d'une tempête, à Paris où il s'était réfugié à l'aube de la seconde guerre mondiale. Mort absurde pour un homme qui avait résisté vent debout à la montée du nazisme en Allemagne et en Autriche. Dans Casimir et Caroline, on sent le souffle de l'auteur militant et du poète qui peint, sans concession à la morale ou à l'esthétique, la vie de ses contemporains. Casimir (Thomas Durand) et Caroline (Sylvie Testud) s'aiment et se rendent à la fête d'octobre ; mais s'aiment-ils assez pour rester ensemble alors que Casimir vient de perdre son travail, dans une époque où chacun lutte pour sa survie quotidienne? Caroline se laisse tenter par un tour de montagnes russes offert par un tailleur bourgeois ; c'est le début d'une nuit de disputes et de doutes, où Caroline et Casimir, portés par la foule ivre de bière (beaucoup de bière) et de vitesse, se perdent et se retrouvent, telles de frêles embarcations sur des flots déchaînés.


    Le théâtre de la Ville est un écrin à double tranchant pour Casimir et Caroline ; la scène est immense, bordée par une salle où les spectateurs sont alignés en pente raide. Le metteur en scène, Emmanuel Demarcy-Mota et son scénographe, Yves Collet, ont indéniablement réussi à transfigurer ce vaste espace en fête foraine munichoise aux accents expressionistes, fatras d'échafaudages précaires et des recoins interlopes, plongé dans une lumière glauque à souhait. Quelques tableaux sont marquants : celui où les jeunes fêtards glissent sur un rythme effréné sur les toboggans de la foire ou le passage de Caroline dans la tente aux "monstres". Mais dans cette immensité frénétique, cette mer sombre d'excitations artificielles, on perd un peu de vue nos deux protagonistes dont l'histoire est presque reléguée au rang de bruit de fond, malgré le très grand talent de Sylvie Testud. Est-ce à dire que le mouvement de l'histoire est un rouleau compresseur pour les destins personnels, et que ceux-ci ne sont qu'une suite de faux hasards conditionnés par la mécanique sociale?


    Le retournement de l'ordre dramatique, où la romance n'est qu'une toile de fond aux mouvements de masse, tient peut-être trop à distance le spectacteur et lui rend difficile l'émotion et l'empathie. Malgré la qualité du travail que l'on voit là, il n'est pas aisé de se défaire du sentiment d'assister à une "super-production" un peu froide, et donc un peu vaine...


    Toussométrie : faible (1/5)


    Casimir et Caroline, d'Ödön von Horvath - Mise en scène : Emmanuel Demarcy-Mota - Théâtre de la Ville - Jusqu'au 27 mars 2009 - De 12 à 20 euros environ - Il n'y a plus de places en vente pour ce spectacle.

    mercredi 25 mars 2009

    Folies coloniales

    La colonisation passée en revue


    Au théâtre de la Villette, la troupe des "Passeurs de mémoire" conduite par Dominique Lurcel (aussi metteur en scène du spectacle) fait revivre sur les modes du cabaret et de la revue les discours officiels, parades, opérettes...créés à l'occasion de la célébration du centenaire de l'Algérie française en 1930, le tout éclairé par des extraits de manuels scolaires, de guides touristiques, de revues scientifiques et de romans rédigés au cours de ces cent années qui séparent la prise d'Alger des célébrations cocardières emmenées par le président Doumergue.


    Le dispositif est épatant d'ingéniosité. Comment faire entendre aujourd'hui ces discours coloniaux pétris de racisme institutionnel et confits de certitude sur la magnanimité de l'entreprise "civilisatrice" de la France ? Comment convaincre un public de s'intéresser à ces textes ineptes qui n'en sont pas moins un matériau historique primordial pour comprendre les mécanismes de l'entreprise coloniale? Dominique Lurcel et sa troupe optent pour le burlesque et la dérision : au centre du plateau, un petit théâtre, presque un guignol, dont le rideau bleu-blanc-rouge s'ouvre sur les figures rendues grotesques de notre histoire.

    Le spectacle est donc tout à la fois très drôle, émaillé de morceaux de bravoure d'une saveur incomparable (le tableau du banquet républicain, exceptionnel) et horriblement gênant tant on est saisi de honte, voire d'effroi, à la lecture des textes. Ces passeurs de mémoire là réussissent la prouesse de nous édifier et de nous divertir à la fois ; voilà un tour de force théâtral comme on en voit peu, et qu'il faut courir découvrir le soirées qu'il reste!


    Toussométrie : forte (4/5)


    Folies coloniales, de Dominique Lurcel - Mise en scène : Dominique Lurcel - Théâtre de la Villette - Jusqu'au 28 mars seulement! - de 5 à 15 euros

    mardi 24 mars 2009

    Sables et soldats

    Billet triste


    C'est un peu triste et poignant de quitter une salle sur une déception personnelle et sur les applaudissements clairsemés et hésitants des spectateurs ; c'est encore plus triste lorsque le metteur en scène, dans un élan brechtien, a décidé que ce ne serait pas son texte (car il est aussi auteur) ni sa mise en scène qui indiqueraient la fin du spectacle, mais la rétro-projection au mur de ces mots (de mémoire) : "La représentation est terminée, rentrez bien", en plusieurs langues juste au cas où le public de Gennevilliers prêt à en découdre avec "Sables et soldats" d'Oriza Hirata pendant deux heures ne maîtrise pas le français. Encore pire lorsque les comédiens n'ont pas le droit au salut final, mais doivent rester dans la peau de leur personnage et traverser, un à un, et très lentement, le plateau, comme ils viennent de le faire pendant toute la pièce.

    Le spectacle était donc exigeant et aride, comme le décor : un gros tas de sable dans lequel rampent et trébuchent les comédiens, et encore du sable qui s'écoule d'un sac pendu au plafond, pour un résultat parfaitement suffocant et un record de toussométrie prévisible. Le désert figuré ici voit se croiser des soldats (de ceux qui sont postés au Moyen-Orient en ce moment), des touristes en lune de miel, une lady perdue recherchant son mari, un père qui recherche avec sa fille sa femme perdue (redondance inutile de ces personnages d'ailleurs). Collision des figures sordides de la banalité contemporaine qui, au fond, n'ont rien à se dire, et marchent dans le désert sans but réel, comme on le découvre progressivement.




    Là, le dramaturge invoque Beckett ; nul "sens", nulle direction, mais bien la spirale absurde d'un éternel recommencement. Malheureusement, le texte, étiré à l'extrême et entrecoupé de très pesants silences (et qui pâtit peut-être aussi d'une traduction assez fade?) semble lui-même souffrir d'une telle vacuité que l'on se prend à douter de la nécessité du geste dramatique. Les comédiens, dont on entrevoit pourtant les qualités personnelles, ne parviennent à donner du relief à aucune situation, même comique, et laissent les spectateurs s'enfoncer dans une profonde torpeur. Une exception sans doute, l'irruption sur le plateau de deux comédiens japonais, Mima Fukushi et Tatsuya Kawamura, dont la diction maladroite matinée d'un fort accent sert encore une présence scénique drôlatique indéniable et une compréhension du texte plus affûtée que chez les autres comédiens.

    Peut-être est-ce ainsi qu'il serait bien d'entendre "Sables et soldats", dans sa langue ou sa forme originelles, sans l'artifice de l'adaptation au contexte français?

    Toussométrie : très forte (4.5/5)

    Sables et soldats, d'Oriza Hirata - Mise en scène : Oriza Hirata - Théâtre de Gennevilliers - Jusqu'au 11 avril - de 11 à 22 euros - Environ 2 heures




    vendredi 20 mars 2009

    L'Ordinaire

    Tupi or not tupi

    Les anthropophages brésiliens peuvent être fiers de Michel Vinaver ; à la question posée par Oswald de Andrade en 1928 dans le Manifeste anthropophage, "Tupi or not tupi, that is the question", il répond par un grand "oui!" .

    Dans "L'Ordinaire", qui rentre au répertoire de la Comédie-Française, un jet transportant l'état major d'une multinationale américaine du préfabriqué s'écrase dans les Andes. Beaucoup survivent à l'accident : le PDG, sa femme et sa secrétaire, trois vice-présidents et la maîtresse de l'un, la fille d'un directeur mort sur le coup. Pour nourriture, le quotidien d'un avion de luxe : des alcools forts, des olives, des carrés de chocolat et quelques crackers... assez pour attendre des secours, dépêchés par un Pinochet pressé par Reagan...mais ceux-ci renoncent après quelques jours. Comment survivre alors dans ce désert de neige? La jeune femme brise le tabou : ce sont les cadavres que l'on mangera...

    Inspirée du fait divers du même tonneau qui marqua les esprits dans les années 1970 (pauvre équipe de rugby d'Uruguay), la pièce de Vinaver traite de front l'argument théorique du "mangera/mangera pas". Pas tant en développant une discussion morale et philosophique sur la validité du choix cannibale (plutôt l'occasion de bouffoneries de la part de la bigote Bess), qu'en en examinant sans fausse pudeur les conséquences pratiques : comment dépasser le dégoût et sublimer la nourriture, comment découper et conditionner la "viande" et comment la digérer. Mais l'auteur ne s'en tient pas là ; autour de ce noyau central, il agglomère une foule de thèmes secondaires (l'obsession du pouvoir dans la mécanique capitaliste, la séduction et la fidélité, qui étreignent des personnages oublieux de leur sort, encore absorbés par les enjeux de leur vie d'avant le crash) et tend en arrière-plan la toile tragique de la soumission politique et économique de l'Amérique latine des années 1970 et 1980.

    Ce beau matériau est servi par des comédiens convaincants, surtout les dames : drôlerie irrésistible de Sylvia Bergé (Bess), qui tire son personnage de la ridicule bourgeoise du début vers une femme légère et tendre qui "se sent bien" dans la carlingue-épave, piquant de la jeune Priscilla Bescond (Nan), midinette délurée se muant en aventurière décidée, et force de Léonie Simaga à qui la tâche revient d'être l'inspiratrice pragmatique de la survie (Sue), et dont le jeu s'affirme à mesure que la pièce avance. A notre représentation, Elsa Lepoivre, souffrante, était remplacée par Florence Viala "avec le texte", qui réussissait à n'être pas mal du tout (elle était super dans "Fantasio" sur la même scène).

    La mise en scène, assurée par Michel Vinaver et Gilone Brun, repose toute entière, outre les comédiens, sur un plateau central qui bascule vers les sièges des premiers rangs (mangeant ainsi l'espace du spectateur), véritable "radeau de la méduse" minimaliste. Le reste est très épuré, peut-être trop, de cette sécheresse qui demande beaucoup aux spectateurs ; ici, c'est le texte qui prime, et la présence de l'auteur comme metteur en scène n'y est peut-être pas pour rien. C'est de la chair dont on a envie autour de ce squelette de décor ; Michel Vinaver a peut-être pris plaisir à ne pas satisfaire notre appétit...mais pas de quoi nous dégoûter de cette pitance peu ordinaire.


    Toussométrie : forte (4/5)

    L'Ordinaire, de Michel Vinaver - Mise en scène : Michel Vinaver et Gilone Brun - Comédie-Française, salle Richelieu - Jusqu'en juin 2009 - de 11 à 37 euros - environ 2h30.

    lundi 16 mars 2009

    Voix off

    Voix de Denis Podalydès



    Lundi dernier, le 9 mars, Denis Podalydès lisait au théâtre de l'Odéon des extraits de son opus "Voix off", sorti l'année dernière, et quelques inédits. "Voix off" est le récit de la vie de Denis Podalydès, son enfance, sa formation artistique, ses premiers chocs esthétiques au théâtre, au travers de l'évocation des voix qui l'ont marqué et presque façonné : "Voix de Jean Vilar", "Voix d'Antoine Vitez", etc... "Voix off" est un considérable travail de réminiscences, de voix et de sons, infiniment précis, qui témoigne de l'obsession du comédien pour la matière vocale.

    Le livre est accompagné d'un disque compact, où l'on entend mêlées archives sonores et imitations par M. Podalydès : l'imitation, art populaire parfois grossier, voué à la moquerie ou à la supercherie, devient chez lui le support d'un hommage ému mais jamais empesé. Car bien sûr, du côté de Versailles, on n'oublie jamais d'être drôle et léger, creusant la veine de l'autodérision attendrie propre à la tradition familiale.



    C'était donc une très bonne idée que d'offrir une lecture de quelques passages traitant du théâtre et de ses grandes figures, à un public fanatique et très érudit. Avec peu de moyens et ce charisme si particulier du discret, il l'a tenu en haleine à coups d'anecdotes drôlatiques (hilarant épisode des charentaises de Simon Bakhouche) et d'invocations presque sacrées des morts illustres. Cela marche même lorsqu'on n'en a jamais vu un seul sur scène (cf. moi). Espérons donc que Denis Podalydès renouvelle encore cette proposition.


    Toussométrie : faible (1/5)


    "Voix off ", par Denis Podalydès, éd. Mercure de France, coll. Traits et portraits, 25 euros.

    mardi 10 mars 2009

    Booster blog

    Ai inscrit le blog sur boosterblog, pour le booster ; )




    dimanche 8 mars 2009

    La Mort en échecs

    Bergman en boulevard

    Changement d'ambiance pour le blog avec cette première virée dans les petits caveaux de Paris ; le théâtre des blancs manteaux en l'occurrence qui accueille une comédie déjà rôdée au théâtre André Bourvil. La mort en échecs met en scène un couple, dont chaque membre est retranché dans une moitié de leur appartement en attendant que l'un se décide à partir, et qui reçoit un soir la visite de...la Mort.



    Une Mort un peu mijorée qui fait son travail du bout de la faux et qui prend volontiers les conseils de ses victimes pour gagner en assurance. Le reste de l'intrigue est à l'ancan et offre tous les plaisirs de la comédie légère, quiproquos et retournements de situation à gogo. Les comédiens, très généreux, jouent à fond la carte de la connivence avec le public (la pièce aussi, truffée de références à la culture populaire contemporaine) et montrent aussi beaucoup de complicité entre eux (ce soir-là, Caroline Anglade, Philippe Blondelle et Rui Silva ; ils jouent en alternance). On rit donc beaucoup et on se retrouve sur le pavé de la rue des blancs manteaux le coeur léger.
    Toussométrie : nulle (0/5)

    La Mort en échecs, d'Olivier Maille - Mise en scène : Olivier Maille - Théâtre des Blancs Manteaux - Du jeudi au samedi à 20h45 - 17/20 euros

    vendredi 6 mars 2009

    Quand le monde était vert

    I was born by the river

    La Manufacture des Abbesses, jeune théâtre créé en 2006, lové dans une rue montmartroise de carte postale tout près de la très belle église Saint-Jean, s'est donné comme raison d'être la création de textes contemporains. Hier soir, c'était donc un morceau de dialogue poétique dont les racines plongeaient au coeur de l'americana, par Sam Shepard (par ailleurs acteur et scénariste pour Wenders, Antonioni ou Altman), que proposait la Compagnie "Ah! ".

    Le public entre dans la salle au son d'une flûte indienne. Une jeune femme rend visite à un vieux Peau-Rouge, en prison pour avoir empoisonné un homme. D'où vient la jeune femme et que cherche-t-elle auprès du vieillard assassin? Pour assouvir quelle vengeance l'Indien a-t-il tué? Le dialogue entre ces deux représentants un peu paumés des marges américaines, d'abord tendu, méfiant, glissera petit à petit vers la compassion et la tendresse. Le récit de leurs vies, de leurs errances et de leurs plaisirs (la nourriture, le goût - le prisonnier fut cuisinier) est ponctué par la musique d'un troisième comédien (Timothée Couteau, musicien multi-instrumentisme de profession), dont la présence silencieuse et fantomatique évoque le souvenir des morts qui hantent les esprits.

    Michel Carnoy, dans le rôle du grand chef - chef cuisinier, chef indien - , est parfait ; il nous fait partager la trajectoire d'un homme d'abord prostré par l'horreur de son acte, herratique, vers une paix finale au seuil de la mort. On sent beaucoup de talent et de métier dans sa prestation, qui ne cède jamais au sentimentalisme que la pièce pourrait susciter mais qui touche juste. Le duo qu'il forme avec Marie Le Cam fonctionne bien ; même si une plus grande modulation de son jeu pourrait assouplir sa prestation, la comédienne fait tout de même preuve d'une belle intensité émotionnelle, au plus près de l'écorchée vive qu'elle incarne.

    Quand le monde était vert est une réussite humble mais incontestable, entièrement portée par les comédiens qui ne s'appuient sur aucune béquille de mise en scène. Il est dommage de constater que le public soit si peu nombreux (en tout cas le soir de notre représentation) pour applaudir leur talent et l'audace de montrer une pièce inédite à Paris, alors qu'on le trouve en nombre pour assister pour la centième fois à un Oncle Vania somptueux mais ô combien sage.

    Toussométrie : faible (1/5)
    Quand le monde était vert, de Sam Shepard - Mise en scène : Antoine Herbez - Manufacture des Abbesses - Jusqu'au 11 avril - De 13 à 24 euros (un flyer distribué après la représentation indique qu'une place gratuite était offerte pour toute place achetée).

    jeudi 5 mars 2009

    Importation du blog

    Ce blog a été transféré depuis l'ancienne adresse suivante : http://iblogyou.fr/spectacles-font-ils-tousser

    mercredi 4 mars 2009

    Oncle Vania

    Dans la forêt de bouleaux

    Il s'agit ici de la mise en scène de Claudia Stavisky aux Bouffes du Nord et non de la version donnée par le collectif des Possédés au théâtre de la Bastille. On peut s'interroger sur l'opportunité de programmer la même pièce dans la capitale à des dates identiques, si ce n'est pour le plaisir des fanatiques de Tchekhov ou de mise en scène comparée.

    Image

    Toujours est-il que pour notre toussomètre, le début d'Oncle Vania est un régal puisqu'il s'agit de l'entrée en scène du docteur Astrov (Philippe Torreton) pris de toux ; miracle de la grégarité humaine, le public se met à tousser à l'unisson. Les gorges bien éclaircies, les comédiens peuvent mettre en place l'univers de neurasthénie provinciale propre à l'auteur. Didier Bénureau, surprise de la distribution, campe un Vania ridicule et touchant, drolatique et désespéré. P. Torreton quant à lui parvient à ne pas prendre trop de place et incarne avec beaucoup de sensualité la séduction ambigüe d'un médecin excentrique et alcoolique. Le reste des interprètes, quoique leur travail soit très soigné, est moins marquant. Le jeu de Marie Bunel notamment semble manquer de densité et de présence (mais c'est peut-être ce qu'il fallait pour le personnage d'Elena, jeune épouse d'un vieux professeur, oisive, ennuyée et comme absente à elle-même) tandis qu'Agnès Sourdillon, un peu âgée pour le rôle, appuie sans doute trop le côté terrien du tempérament de Sonia.

    La mise en scène, servie par de somptueux décors et des astuces de plateaux (l'estrade mouvante, la table qui se déplace comme par magie), ne fait pas preuve d'une folle audace. Beaucoup de savoir faire mais trop de sagesse, tel est l'Oncle Vania proposé ici.

    Toussométrie : Forte (4/5)

    Oncle Vania, d'Anton Tchekhov - Mise en scène : Claudia Stavisky - Théâtre des Bouffes du Nord - Jusqu'au 3 avril 2009 - de 12 à 26 euros.